Il y a quelque chose d'assez paradoxal dans ma façon d'être. Je peux passer des heures seul au milieu de la mer, sans autre compagnie que mes pensées, et en ressortir parfaitement heureux. Pourtant, ce que j'aime le plus dans la vie, en dehors de la nage, ce sont les gens. Les rencontres, les discussions qui s'éternisent.
Je m'appelle Mattéo Lutun, j'ai 22 ans et je nage sur de longues distances, en eau froide comme en eau glacée. Je poursuis aussi des études de recherche en STAPS avec l'ambition de faire un doctorat, et j'ai créé Swim Science Expedition. Mais si je commence par vous parler de tout cela, vous risquez de croire que la natation a toujours été une évidence pour moi, que j'ai toujours su où j'allais et que je n'ai jamais vraiment douté. Ce serait une drôle de façon de raconter mon histoire, parce que c'est presque l'inverse qui s'est passé.
Enfant, j'étais timide, souvent dans mon monde, et je me sentais un peu à part. J'observais les animaux, j'imaginais des aventures. Je ne savais pas encore que cette curiosité me conduirait un jour vers la recherche, pas plus que je n'imaginais que la mer finirait par prendre une place aussi importante dans ma vie.
À vrai dire, je ne suis pas devenu nageur d'ultra-endurance par vocation. Au départ, je voulais simplement traverser la Manche. Je me suis lancé un défi, j'ai échoué, puis j'ai recommencé. Plusieurs fois. Entre les deux, il y a eu des moments de découragement, des rencontres, une histoire d'amour, des périodes où j'ai failli tout abandonner et d'autres où j'ai découvert ce qui me faisait réellement vibrer.
C'est cette histoire que j'ai envie de vous raconter. Pas seulement celle des kilomètres parcourus ou des records réalisés, mais celle d'un garçon qui a longtemps cherché sa place et qui a fini par trouver, dans la nage, bien plus qu'un sport.
Je suis né le 14 septembre 2004 à Tourcoing et j'ai grandi à Halluin, dans une maison des années 1930 que mes parents ont rénovée pendant plusieurs années. Dès trois ans, je posais des parpaings avec mon père et je marchais en équilibre sur les poutres. C'est là que j'ai appris à construire, à être curieux, et à ne pas avoir peur du vide.
L'année suivante, l'eau est entrée dans ma vie, et pas de la meilleure façon. J'avais quatre ans, nous étions en vacances, et je suis tombé dans un bassin. Je garde encore en mémoire cette image : moi, sous la surface, regardant mes propres bulles remonter vers la lumière. Puis plus rien. Une trentaine de secondes, jusqu'à ce que mon père me sorte de l'eau. L'après-midi même, mes parents ont fait un choix fort : ils m'ont remis à l'eau pour m'apprendre à nager. Ce qui aurait dû me terrifier est devenu mon élément. Ma relation avec l'eau a commencé comme ça.
Un an plus tard, sur une plage, un cheval lancé au galop a sauté au-dessus de moi. Son sabot m'a frappé en pleine tête. Pour la deuxième fois en deux ans, j'ai frôlé la mort. J'ai passé trois semaines et trois jours en réanimation. Dans cet hôpital, une association a tout changé : Ludopital. Avec ses jouets et ses animations, elle a rendu mes journées plus légères, et celles de mes parents aussi, qui redoutaient que je doive être opéré.
À six ans, j'avais déjà appris une chose : avant de savoir ce que je ferais de ma vie, j'avais dû apprendre à la défendre.
Le petit garçon qui est sorti de cet hôpital était timide, mais souriant et profondément heureux. À cette époque, mon quotidien tenait dans un monde miniature. De 4 à 12 ans, j'ai passé des après-midi entiers à jouer aux LEGO, non pas seulement pour assembler des briques, mais pour bâtir des décors et y tourner mes premières histoires en stop-motion. Quand je ne filmais pas, je dessinais, je sculptais la pâte à modeler ou je transformais des boîtes à chaussures en maquettes d'architecte. J'avais ce double élan, à la fois artiste et bricoleur, ce besoin de donner forme à mes pensées.
En parallèle, mon corps s'est construit dans l'eau. Deux à trois fois par semaine, je nageais au club de natation de Roncq, où j'ai découvert mes premières compétitions.


Le grand tournant est arrivé avec notre déménagement à Ghyvelde, à deux pas de la mer. Mon esprit d'aventure s'est alors déplacé vers notre grand jardin et la nature environnante. Vers 12 ans, j'ai construit, seul, un parcours d'accrobranche à près de cinq mètres de haut dans nos arbres. J'avais un besoin immense de bouger, d'escalader, de tester mes limites. Je grimpais partout, des cimes aux blockhaus de la côte, en m'inventant de véritables missions de survie.
C'est là que s'est forgé mon rapport au vivant. Quand d'autres enfants fuyaient les insectes, je laissais les araignées grimper sur mes mains ou sur ma joue. Je n'avais pas peur, je voulais comprendre. J'observais les insectes, les animaux, tout ce qui vivait, au point de rêver de devenir vétérinaire pour animaux sauvages.
Pourtant, derrière cette audace apparente, j'étais un enfant profondément émotif et peureux. L'école élémentaire a été un long combat : du CE1 au CM2, les devoirs se faisaient souvent dans les larmes et mes notes frôlaient parfois le décrochage. Puis, au collège, tout a changé, presque malgré moi. Sans changer radicalement ma façon de travailler, je suis devenu un bon élève, et je le suis resté au lycée.
Avec le recul, je crois que c'est mon regard sur l'école et sur le monde qui s'est transformé. Le même besoin de démonter, d'observer et de comprendre qui me poussait à scruter les insectes dans le jardin s'est appliqué aux cours. Je n'apprenais pas par cœur, j'absorbais la logique des choses. Cette facilité nouvelle m'a offert le temps et l'espace nécessaires pour me consacrer à mes projets en dehors de l'école, qui occupaient alors une grande partie de mes pensées.
Mes relations avec les enfants de mon âge étaient tout aussi singulières. Si j'avais des camarades de jeu étant petit, je me suis rapidement senti en décalage après le CM2. J'étais plus à l'aise dans le dialogue avec mes enseignants. Je cherchais des échanges plus profonds, plus matures. Du lycée à la faculté, cette impression d'être à part m'a suivi. Mais je n'en ai jamais souffert. Ce décalage ne m'a pas isolé, il a nourri chez moi un amour inconditionnel pour les autres, un besoin de les comprendre. J'étais simplement dans mon monde, tout en tendant les bras vers le leur.



Deux piliers ont construit l'adulte que je devenais. Le premier a été la boxe thaïe, que j'ai pratiquée pendant sept ans au Siam Boxing Team de Bergues. Dans le respect des traditions, du Wai Kru au Ram Muay, j'y ai appris la rigueur et le respect, jusqu'à me qualifier pour les championnats de France. Ce sport a forgé mon mental autant que mon physique.
Le second pilier, c'est l'eau salée. La mer était présente dans mon histoire depuis le début, presque à mon insu. Il y avait les week-ends au camping à Bray-Dunes et la collecte des coquillages. Puis, vers 8 ans, ces nages d'une heure en Grèce avec mon père, palmes, masque et tuba, pour observer les tortues à Zakynthos. En nous installant à Ghyvelde, la plage est devenue mon paysage quotidien. À 11 ans, je ne mesurais pas encore la chance de vivre à ses côtés, mais la mer faisait déjà partie de moi.
L'année de mes 15 ans, un projet fou mais porteur de sens a commencé à germer. Ayant moi-même passé du temps à l'hôpital, j'avais besoin d'exprimer ma gratitude envers Ludopital. À mon niveau, j'ai créé l'association Nager pour le Bonheur des Enfants avec un objectif précis : traverser la Manche à la nage pour récolter des dons et soutenir les enfants hospitalisés.
Pour donner un maximum d'écho à cette collecte, je me suis mis en tête de devenir le plus jeune Français à réussir ce défi mythique. Je m'inspirais énormément de grands nageurs comme Stève Stievenart (surnommé « Stève le Phoque ») ou la Dunkerquoise Marion Hans. À cette époque, il ne s'agissait pas encore d'une passion pour l'eau libre, mais d'une idée fixe, d'un engagement total pour cette cause. À force de persévérance et grâce à la visibilité du défi, j'ai pu collecter et reverser 2 500 € à Ludopital à l'âge de 16 ans. C'était ma façon de leur rendre ce qu'ils m'avaient offert. Cette association de jeunesse n'existe plus aujourd'hui, mais les valeurs de solidarité et de dépassement qu'elle portait vivent toujours à travers Swim Science Expedition.
La mer m'a remis à ma place tout de suite. Lors de mon tout premier entraînement, dans une eau à 18 degrés, le froid m'a fait paniquer au bout de quarante minutes. Une semaine plus tard, face à mon premier banc de méduses, la peur m'a submergé à nouveau : j'ai abandonné après seulement vingt minutes. Le bilan était presque ironique : celui qui voulait traverser la Manche totalisait à peine une heure de nage en deux séances.
Pourtant, mon côté têtu a repris le dessus. J'ai passé l'hiver à m'entraîner et, l'été suivant, je parvenais à tenir six heures d'affilée dans une eau à 16 degrés. J'ai passé mes mois de juillet et d'août dans l'eau, sans passion, guidé uniquement par cet objectif. Il y avait des jours de fierté discrète après avoir tenu deux ou trois heures, et des jours de profonde déception, mais j'y retournais toujours.
Puis est venu le jour de la tentative. Je suis parti à minuit. Après six heures de lutte, j'ai dû me rendre à l'évidence et abandonner.




Cet échec m'a blessé, mais il ne m'a pas fait honte. J'ai d'abord cru que j'arrêtais définitivement. Il m'a fallu une année complète loin de l'eau salée pour digérer cette épreuve, prendre du recul et faire le deuil de mon objectif. L'année 2022 a été celle où j'ai le moins nagé, mais elle a ouvert une autre porte : mon entrée en STAPS à l'Université de Lille. Là, dans un domaine qui me passionnait enfin, l'enfant qui pleurait devant ses devoirs et collectionnait les 2/20 s'est classé dans les dix premiers de sa promotion.
C'est paradoxalement après cet échec dans la Manche que tout a changé dans mon rapport à l'eau. En lâchant l'obsession du résultat, j'ai enfin commencé à regarder la mer autrement. La passion n'a pas été un coup de foudre ; elle a pris son temps, et elle s'est installée lentement, à travers les leçons que la mer m'avait données.
À 18 ans, j'ai décidé de retourner vers la mer, mais de l'autre côté. Je suis parti seul, pendant une semaine, à Douvres en Angleterre, pour m'entraîner avec les King's Swimmers, sous la direction de Kevin Murphy, un entraîneur qui a traversé la Manche 34 fois. C'était mon tout premier voyage en solitaire, et je ne parlais pas un mot d'anglais.
Sur place, la réalité m'a de nouveau rattrapé. Autour de moi, les autres nageurs enchaînaient des sessions de trois, six, voire dix heures dans les vagues. Moi, je n'ai réussi à nager qu'une petite heure. L'eau tournait autour de 13 degrés et le froid était insupportable.
Je me souviens encore de Kevin. Ses phrases me trottent toujours dans la tête. Quand je sortais de l'eau, à bout et grelottant, il me regardait et me lançait sans ciller : « Retourne dans l'eau. Tu as cinq minutes, et tu y retournes. »
Une fois, n'en pouvant plus, je suis allé lui avouer : « En fait, je crois que je n'aime pas nager… Je ne suis pas sûr de vraiment aimer ça. » Il m'a fixé et m'a répondu du tac au tac : « Tu crois que moi, j'aime ça ? Allez, tu y retournes ! »
Chaque soir, dans ma chambre, je fondais en larmes. Je pleurais même dans l'eau, derrière mes lunettes, avec la même phrase en boucle : « Je ne suis pas fait pour ça. Je suis nul. Ce n'est pas ma place. » J'ai sérieusement pensé à tout abandonner et à changer de vie.



Pourtant, d'une manière presque inexplicable, l'envie est revenue, exactement comme après mon premier échec dans la Manche. Le même été, je réussissais une nage de six heures. L'année suivante, je suis retourné à Douvres, sur la même plage où j'avais craqué au bout d'une heure, et j'ai tenu trois heures. Ce n'était pas encore les six heures réglementaires, mais c'était une immense victoire sur moi-même. L'année d'après, j'y ai enfin validé mes six heures. Et celle d'après, j'ai franchi un nouveau palier : sept heures de nage, puis six heures le lendemain.
J'échouais, et je revenais. J'échouais encore, et je revenais toujours. Si l'on me demande aujourd'hui pourquoi je m'infligeais cela, je serais bien en peine de donner une réponse rationnelle. C'était un manque viscéral, l'impression diffuse mais puissante que la mer m'appelait.
C'est au fil de ces années que la passion a vraiment pris racine. Mon quotidien est devenu un long processus d'adaptation : douches à l'eau glacée dès 16 ans, short et T-shirt toute l'année à partir de 19 ans, quelle que soit la météo, réveil à deux heures du matin pour aller nager dans l'eau noire… Tout ce chemin a fini par compter plus, à mes yeux, que le résultat lui-même.
Le vrai point de bascule a été mon premier 24 heures de nage non-stop en bassin. Ce jour-là, j'ai passé un cap invisible : nager est devenu un acte instinctif. Rien de tout cela n'était inné chez moi. Tout s'est construit pas à pas, et il aura fallu des années au garçon en larmes sur la plage de Douvres pour comprendre qu'au fond, il était fait pour ça.





Il manque encore une rencontre essentielle dans cette histoire. Pendant ces années de construction, j'aimais profondément ce que je faisais, mais j'étais un peu perdu. Je savais que je voulais vivre de ma passion, sans voir encore clairement le chemin. C'est en 2024 que j'ai rencontré une femme dont je suis tombé fou amoureux.
Elle m'épaulait dans mes projets. Un jour, elle a même passé six heures d'affilée sur un canoë gonflable pour m'escorter pendant un entraînement. De mon côté, je continuais à nager et à développer mon association, mais ma vie entière s'est peu à peu mise à graviter autour d'elle. Pour être à ses côtés, j'ai mis des amis de côté et, sans m'en rendre compte, j'ai sacrifié une partie de moi-même et réduit mes propres ambitions.
En janvier 2025, elle m'a quitté.
Les mois qui ont suivi ont été d'une immense douleur. J'ai traversé une forme de mini-dépression. Je tremblais, je pleurais chaque jour, et même mes parents n'ont pas mesuré à quel point j'étais touché.
Dans ce chaos, il n'y avait qu'un seul endroit où la souffrance s'arrêtait : l'eau. La mer est devenue mon refuge, le seul espace où je pouvais m'échapper et retrouver le silence. Un jour, alors que l'eau affichait à peine 3 degrés, je m'y suis senti si protégé que je n'ai plus eu envie d'en sortir. J'ai nagé plus de quarante minutes, une durée bien trop longue à cette température, au point qu'il a fallu m'obliger à sortir de l'eau.
Je le sais avec certitude aujourd'hui : c'est la nage qui m'a sauvé. Sans elle, je me serais laissé aller, même si je sentais au fond de moi une force qui refusait d'abandonner. Cette période fait partie de mon chemin, elle a forgé l'homme que je suis aujourd'hui, mais elle ne me définit pas.
Deux mois après cette séparation, le hasard a mis un biscuit chinois sur ma route. Je n'en ai acheté qu'un seul. En l'ouvrant, j'ai déplié un petit morceau de papier sur lequel était écrit : « Soyez patient ; vous êtes promis à un grand destin. »
Cette phrase ne m'a plus jamais quitté. Elle faisait écho à ce que je ressens chaque fois que la mer m'appelle. Aujourd'hui, quand le doute s'installe, je repense à ces mots. Mais l'enfant impatient et le bricoleur d'aventures que j'ai toujours été n'a pas envie d'attendre que les choses arrivent. Je préfère le dire à ma façon : désormais, il m'appartient de provoquer mon destin.
En septembre 2025, je me suis élancé une nouvelle fois dans la Manche. À 16 ans, lors de ma première tentative, je n'avais d'yeux que pour le résultat. Cette fois, tout était différent : j'y allais porté par une passion mûrie avec le temps.
J'ai nagé pendant onze heures et trente minutes, sans combinaison, dans une eau entre 15 et 17 degrés, sur environ 45 kilomètres. La côte française était là, à seulement quatre kilomètres, quand tout s'est arrêté. Quatre ans plus tôt, j'avais moi-même choisi d'abandonner après six heures. Cette fois, la décision ne m'appartenait pas : c'est mon équipe, garante de ma sécurité, qui a choisi de me sortir de l'eau.
On pourrait appeler cela un échec, le deuxième sur cette traversée mythique. Pourtant, c'est au cœur de cette immense frustration que ma trajectoire a basculé. En sortant de l'eau, une certitude m'habitait : je savais enfin ce que je voulais faire de ma vie. Je voulais devenir nageur professionnel, tout engager pour mon rêve et devenir une référence mondiale dans ma discipline.
Tout donner ne signifie pas avancer sans crainte. Je sais que ceux qui parviennent à vivre de ce sport représentent moins de 1 % des athlètes. Mais ce pourcentage n'est pas nul. Au fond, j'ai bien plus peur des regrets que de l'échec. Je préfère traverser des années d'incertitude plutôt que de vivre avec le poids d'avoir renoncé à ce qui m'anime.


Dans cette quête, mes parents avancent à mes côtés, chacun à sa manière. Mon père est un pilier : il m'aide activement à trouver des partenaires et partage chaque étape de cette aventure avec moi. Ma mère, elle, m'entoure d'une fierté mêlée d'angoisse. Elle mesure la dangerosité de mon sport, s'inquiète de me voir partir aux quatre coins du monde et me dit souvent de lever le pied, en rêvant pour moi d'une vie plus simple et plus sûre. Il m'arrive de culpabiliser face à son inquiétude, mais je me rappelle alors que je dois suivre ma propre boussole. C'est ma vie, je suis fait ainsi, et le voyage en vaut la peine.
Alors, j'ai continué à provoquer mon destin. En décembre 2025, j'ai nagé pendant 50 heures consécutives dans le bassin de Bray-Dunes faisant l'objet d'un record du monde. En eau glacée, moi qui avais tant pleuré à Douvres dans une eau à 13 degrés, je suis devenu double vice-champion d'Europe et champion du monde. Puis, le 15 septembre 2026, à 22 ans, je me suis élancé autour de Manhattan. J'ai bouclé ces 50 kilomètres en 8 heures et 29 minutes, entre courants capricieux, pollution, fatigue et inconnu, pour devenir le plus jeune Français à réussir ce tour.
Je ne fais pas ces traversées pour prouver quoi que ce soit au monde. Même si demain la visibilité et la reconnaissance disparaissaient, je replongerais encore et encore. Parce que c'est là que j'ai trouvé ma place.
Depuis mon entrée à l'université, je n'ai jamais lâché les études. J'ai obtenu ma licence STAPS avec mention Bien, puis mon Master 1, et je suis aujourd'hui en Master 2 recherche, avec l'objectif de faire un doctorat.
Ce qui me fascine, c'est ce qui se passe dans le corps humain quand on le place dans des conditions extrêmes : le froid, l'ultra-endurance, la privation de sommeil. J'aime l'idée du corps comme laboratoire. Je ne veux pas seulement vivre ces expériences, je veux aussi les comprendre. Et quand j'y pense, c'est exactement la curiosité du petit garçon qui observait les araignées et rêvait de soigner les animaux sauvages.
Quand je nage, je ne suis jamais vraiment seul. Presque à chaque entraînement, des phoques viennent nager à mes côtés. Leur regard me fascine et, curieusement, il me rassure. Je croise aussi des poissons, des crabes, parfois des dauphins. Et on me pose toujours la même question : « Tu n'as pas peur des requins ? Des méduses ? »
Non. Ce qui me terrifie, c'est l'idée de percuter une planche hérissée de clous. De me retrouver pris dans un filet de pêche à la dérive, plein d'hameçons. De tomber sur un baril de pétrole, ou sur l'un de ces objets non identifiés qui flottent entre deux eaux. Eux pourraient vraiment me tuer. Ne nous trompons pas de danger : en mer, la menace n'est pas l'animal, c'est ce que nous y laissons.
Pour autant, mon message n'est pas de dire que l'homme est mauvais. C'est l'inverse : je veux montrer qu'il peut être bon, et vivre en harmonie avec la nature. Avant d'être écologiste, je suis profondément humaniste. Préserver l'océan, c'est avant tout nous préserver nous-mêmes.


Emplacement libre · une photographie des phoques, ou de la vie sous la surface
C'est tout cela qui m'a amené à créer Swim Science Expedition. J'y ai réuni ce qui compte pour moi : la nage en eau libre, l'eau froide, l'ultra-endurance, les expéditions, la recherche, la transmission et la protection de l'océan. Sa devise tient en quelques mots : « Performer pour inspirer, inspirer pour protéger ».
À travers cette structure, je veux montrer qu'il est possible d'accomplir de grandes choses, et aider les autres à tracer leur propre chemin, à travers des conférences et du coaching. J'ai aussi à cœur d'aller à la rencontre des enfants, dont l'énergie m'est précieuse, pour leur transmettre un message tout simple : croyez en vos rêves d'enfant. Et leur faire aimer l'océan comme je l'aime.
Parce que j'aime aussi l'art, la nature et la musique, je voudrais relier le sport à la culture. Au fond, je veux tout relier : la nage, la science, l'art, la nature et les gens.
J'aimerais que tout le monde puisse se reconnaître dans cette histoire.
J'ai voulu abandonner plein de fois, je me suis posé beaucoup de questions, et je suis toujours revenu, parce que sans la nage je ne sais pas où je vais. C'est ma ligne directrice. Il reste de grandes traversées à tenter, et je ne sais pas jusqu'où cette histoire ira.
Je sais seulement que je passerai encore des heures au milieu de la mer, à philosopher dans ma tête, et que je veux continuer à apprendre, à comprendre et à rencontrer des gens. Je nage seul, mais je ne suis pas solitaire. Les autres, je les emmène avec moi dans cette aventure, et vous y êtes les bienvenus.
Peut-être qu'un jour je regarderai en arrière sans savoir si j'ai réussi tout ce que je voulais. Mais j'aimerais au moins pouvoir me dire que j'ai essayé.
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